LE
MONDE DE FEU ET LA CHANSON DES ÉTOILES
je
continuais de regarder l'arbre, je savais que les anciens
m'observaient. Après avoir entendu leurs propos, je me demandais
vraiment ce qu'ils pensaient de moi. Moi même je ne savais plus..
Dans
un sens je me voyais comme un exemple vivant de la médecine de
l'homme blanc en compétition supérieure avec la médecine du monde
indigène - une vraie force, ça.
Par
ailleurs j'étais persuadé que tout le monde me prenait pour un
idiot et un incompétent. La première idée me remplissait de
fierté. Je me disais que peut être les anciens me laisseraient
partir en voyant qu'il n'y avait rien à faire de moi.
Quand
à la deuxième façon de voir, elle ne me rendait pas fier. Le temps
passait et mon arbre ne bougeait pas, peut être aurais je du penser à
ma dernière idée en premier .
Y
avait il quelque chose que je n'arrivais pas à faire ?
Il
fallait que je passe à travers- quel voile ?
Ma
tâche était de m'assoir à une certaine distance de l'arbre et de
le fixer: Je
m'étais juste levé pour essuyer la sueur de mes yeux, je ne voyais
pas en quoi cela faisait de moi un mauvais étudiant. J'avais été
patient, obéissant et présent toute la journée.
La
nuit tomba. Les anciens partirent et le coach arriva.
« C'est
bon pour aujourd'hui. Si tu n'as rien vu aujourd'hui, comment espères
tu voir quoique ce soit une nuit sans lune ? Tu as l'intention
de voir à la lumière des étoiles ? «
J'ai
sauté sur l'occasion pour lui demander ce que j'étais supposé
voir. il était là devant moi et je le dévisageais. Il était sale,
son ventre était calleux et sentait mauvais comme s'il avait partagé
son repas avec des vautours. Il était immense et même s'il était
noir ébène , le noir de sa peau semblait artificiel, le résultat
de nombreuses années de négligence entretenue.
Je
savais que la majorité du village ne prenait un bain et ne se
savonnant qu'une fois par an. Même ceux qui ne se baignaient qu'une fois
n'étaient pas plus propre que le coach. Mais on voyait au moins
leurs pores. A contrario, le corps du coach était couvert d'une
couche de crasse épaisse et puante. Deux couleurs transcendantes
illuminaient son visage : rouge et blanc.
Le
blanc de ses yeux bougeait sans cesse roulant dans leurs orbites, c'était effrayant.
C'était
la coutume Dagara de ne pas regarder quelqu'un dans les yeux, mais le
coach la poussait à l'extrême: il ne posa jamais son regard sur
moi.
Ils
semblaient suivre des yeux quelque chose qui bougeait derrière moi,
d'avant en arrière et de gauche à droite.
Sa
bouche, à l'image d'un volcan était entouré de rouge. Il se lécha
les lèvres comme s'il venait de terminer un repas somptueux. La seule
partie propre de sa personne était sa bouche
soudain
Il partit, et je le suivis à une bonne distance
j'ai
senti que je n'avais pas réussi aujourd'hui. Pas parce que le coach
me l'avait dit. Je l'ai senti au plus profond de moi. Je ne savais
toujours pas ce que j'étais supposé voir ou ce qui m'empêchait de
le voir.
La
journée était finie, la nuit était venue et d'autres choses
allaient m'arriver en plus de ce sentiment d'échec.
J'avais
déjà échoué pour un exercise. C'était frustrant. Mais ce qui me
faisait encore plus peur était ce que père m'avait dit à propos de
l'initiation et de ses dangers. Est ce que cet exercice que je ne
réussissais pas pouvait me tuer ?
Quand
je suis revenu au camp, Nyangoli refaisait son lit avec d'autres
initiés. Il me remarqua mais comme tout le monde, il continua ce
qu'il faisait. La chaleur de la journée avait séché les feuilles
sur lesquelles nous avions dormi la veille, il fallait les remplacer.
Personne
ne me dit quoi faire, j'ai refait mon lit. La nuit devenait de plus
en plus noire.
Ceux qui avaient fini de faire leur lit s'en allèrent préparer
le feu de camp pour la veillée de la nuit. Nyangoli m'attendit. Il
m'aida même à remettre des feuilles fraiches sur mon lit. Temporairement
réconforté, je le regardai mais il détourna les yeux,
probablement gêné que je n'ai pas réussi.
Je
comprenais son dilemme. Le pauvre se faisait sans doute charrié pour
être ami avec un noir blanchi.
Je me rappelais d'un incident un an
plus tôt quand j'étais juste revenu au village. Nyangoli
m'apprenait à utiliser un arc et des flèches et des enfants se
moquèrent de lui pour agir comme un père vis à vis de moi qui
était plus âgé que lui.
« tu ne peux pas faire d'une femme
un homme « un des leurs se moqua
« mwin
« (le Dieu suprême) a fait cette erreur lui même en créant
une fois un être avec des organes mâle et femelles. Ca fait
longtemps qu'il a réglé ça- alors n'essaye pas de répéter cette
erreur. »
c'était
un sacrifice pour Nyangoli d'être mon ami. Même s'il ne dit rien en
m'aidant à faire le lit, Je réalisai qu'il y avait quelque chose de
très profond, de très mystérieux dans ce geste, j'en fus très
touché.
Nyangoli
m'avait dit que les villageois n'avaient pas le droit de parler de
connaissance ésotérique, qu'ils aimaient et respectaient ce qui
était mystérieux . Je suis devenu plus discret en parlant de
certains sujets que l'on n'était pas supposé évoquer.
Malgré
ce silence sur ces sujets tabous, je n'ai cessé d'apprendre de
Nyangoli. Son existence même et ses actions communiquaient
clairement que ces non-dits et ses gestes étaient plus parlants que des
explications. Ce fut particulièrement évident à un moment comme
celui ci.
Nous
sommes partis vers le feu de camp une fois le lit fini. Personne ne
semblait avoir remarqué notre absence ni que nous arrivions
en retard. L'ancien allumait déjà les brindilles et les premières
étincelles tournèrent rapidement en un feu ardent qui illuminait
les visages de ceux qui l'entretenaient. Nous sommes rentrés dans le
cercle, attendant en silence.
Puis
vint le son du kuor,
le tambour de cérémonie, qui annonçait le rituel qui allait
commencer. Il était plutôt de note élevée mais ici et là une
note basse le ponctuait.
La
signification de ces rythmes n'était pas évidente, les tonalités
augmentaient et intensifiaient le sacré du moment. Comme à l'écoute
lui même, le feu répondait presque immédiatement en lançant ses
flammes dans le ciel, passant de l'orange au violet. J'entendais le
tambour derrière moi mais je n'aurais pas su dire s'il était proche
ou lointain.
Ce
n'était pas important tant qu'on l'entendait et que l'on ressentait
ses effets. Bientôt le cercle s'ouvrit au sud. Cinq étudiants
rentrèrent, suivis des anciens. Les étudiants portaient des pots de
peinture qu'ils posèrent près du feu.
Les
anciens prirent place aux quatre directions et le coach examina tous
les pots et leurs contenus, versant de la médecine dans chacun. Je
n'avais aucune idée de ce qui allait se passer ce soir là et je n'étais
pas très à l'aise vu comment les évènements de la nuit précédente
m'avaient affecté. Mon échec de la journée me faisait peur. Si le
succès d'une expérience présente dépendait du succès de la
précédente, j'étais certainement l'initié le plus défavorisé ce
soir.
L'ancien
au centre du cercle prit le pot et commença à peindre le corps du
coach. Il fit d'abord des lignes de couleur rouge brillant qui
allaient d'une oreille à l'autre sur le visage du coach. Puis il
ajouta des lignes qui allaient d'une joue à l'autre puis sous
le nez. Il rajouta un cercle autour de la bouche
le
symbolisme de ce dessin étaient totalement indéchiffrable mais
si
je sentais que les lignes avaient un sens.
Un
ancien peint le visage du coach tout en parlant la « langue
Première », la langue que les Anciens apprennent pour remplir
leurs fonctions. La langue Primaire est la langue de l'Esprit et de
la création. Quand elle est parlé à des occasions spéciales, elle
a le pouvoir de manifestation. La langue première peut être
dangereuse, elle peut tuer.
Je me rappelle de la première
fois ou mon grand père la parla, j'étais un enfant. Il l'utilisa
pour se venger d'un vautour qui avait déféqué sur sa tête chauve.
Il se mit en face de l'arbre ou l'oiseau s'était posé, et dit
quelque chose à l'oiseau malheureux qui s 'écrasa au sol.
Quand je me suis précipité pour l'attraper, le pauvre n'était plus
que cendres.
Le
language est tellement puissant que seuls quelques anciens en ont la
garde.
En
regardant l'ancien peindre, je sentis intuitivement qu'il y avait une
connexion entre ce qu'il disait et la précision presque mécanique
de son dessin. Le pinceau bougeait comme par magie. C'était une
danse qui répondait à la chanson du tambour.
La danse du pinceau
dialoguait aussi avec le mouvement des flammes. Je prenais conscience
que le rythme du tambour, la danse du feu et la signification de ce
qui s'inscrivait sur le visage du coach était irrémédiablement
connecté. Au final son visage était un ensemble de couleurs,
blanche, rouge, vert, bleu et jaune .
L'ancien
passa ensuite au torse du coach et dessina une grande ligne verticale
blanche qui commençait au niveau de la gorge et s'arrêtait au
nombril. Puis il dessina une série de lignes jaunes horizontales qui
traversaient la ligne verticale d'est en ouest. On aurait dit que le
coach portait ses os à l'extérieur du corps. Les motifs devinrent
encore plus compliqués quand l'ancien commença à peindre sur ses
jambes
j'arrêtais
de me concentrer sur les peintures, ce que disaient le coach et
l'ancien attira mon attention. Ça commença par un murmure comme
s'ils échangeaient des informations pratiques mais bientôt on
aurait dit qu'ils récitaient des prières qui
faisaient partie du rituel. Ils n'utilisaient pas la langue première,
ni la langue normale. Le tambour s'intensifia pendant qu'ils
parlaient.
Le
feu grandit et gronda plus fort quand le vieil homme peignit le
coach, le transformant en un fantasme.
Une
fois fini, l'ancien jeta son pinceau dans le feu qui se cabra et
rugit.
(….tous les
étudiants se peignent le corps)
J'ouvris
les yeux , le cercle ressemblait à un pays féérique. Le feu était
merveilleusement vivant. Ce n'était plus juste un feu mais un cercle
dynamique et luminescent , une fenêtre sur un monde merveilleux
peuplé de lilliputiens. Ils étaient en suspension au dessus du feu
chantant une mélodie étonnante. Je regardais ces êtres, fascinés
par leur mouvement incessant. Ils étaient suspendus dans l'air.
En
fait je réalisais qu'ils m'apparaissaient petits parce qu'ils
étaient loin. En même temps je savais très bien qu'ils étaient
juste là devant moi ; le chant émanant du feu ne venait pas
nécessairement des personnages qui flottaient dans l'air mais
semblait plutôt venir de tous cotés et de toutes choses. Le cercle
luminescent du feu grandit de plus en plus, je ne savais pas
vraiment ce qui se passait, cela m'importait peu, je me sentais
vraiment bien.
Nous
avons tous commencé à chanter comme si nous connaissions les
paroles, comme si nous les avions appris dans une vie passée. La
partie analytique de mon cerveau lâcha, et j'étais
irrésistiblement happé. Je chantais de tous mes poumons, tapais des
mains et dansais.
Je
ne pouvais pas voir les autres mais je savais qu'ils étaient tous
là. Je le sentais par un sens autre que les cinq sens courants.
Bientôt je me ressentis moi même invisible et pourtant j'étais
d'autant plus tangible, puissant et inaliénable.
C'était
un sentiment merveilleux, je n'avais jamais fait une expérience
aussi réelle, aussi vraie et aussi juste.
Nous
avons répondu sans hésitation à l'invitation de venir dans le
cercle dynamique du feu. Je ne me rappelle pas qui nous a invité, je
ne pense pas que c'était un ancien, l'invitation venait plutôt d'un
des anges qui flottaient dans l'air.
L'espace
au milieu du feu était naturel et très vaste, des arbres brulaient
sans être détruits. Ils brulaient d'un feu qui était aussi pur et
plus brillant que l'or le plus pur du monde- et je me trouvais en son
sein.
L'herbe
brulait aussi, dorée mais non brulée.
J'arrivais à une rivière-
une rivière de liquide doré ressemblant à de la lave dévalant une
colline. Cette rivière me soulagea mille fois plus que tout ce que
j'avais jamais éprouvé ici sur terre. Je me jetais dedans, dans un
moment d'excès et de folie et l'effet du contact fut tellement
puissant que je me suis évanoui.
Quand
je me suis réveillé, il était tard dans la nuit, je m'en suis
rendu compte par la position de l'étoile du berger qui était déjà haute
dans le ciel. L'aube était proche. J'étais étendu sur la berge
d'une rivière près d'un village que je connaissais pas, à trois
kilomètres de l'endroit ou s'est déroulée la cérémonie de
peinture au coucher du soleil.
J'étais
plus surpris et fatigué qu’effrayé. Je me dirigeais vers le camp
d'initiation , les images défilant dans ma tête. (….)
quand
je me suis couché sur les feuilles froides de mon lit, je ne pouvais
dormir, je n'ai même pas essayé. Je regardais le ciel au dessus de
moi, rempli d'une nostalgie immense , des voix lointaines semblaient
m'appeler …
Elles semblaient venir de chaque petite étoile qui éclairait le
ciel. Un sentiment de douleur et de tristesse indicibles me
submergea, et je m'y abandonnais comme si de le ressentir était
complètement naturel.
Mon
esprit ne chercha jamais à comprendre et à rationaliser ce qui se
passa cette nuit là. La noirceur silencieuse était réconfortante à
mon cœur et je sentais la présence accueillante des arbres et des
plantes autour du camp..la présence invisible de l'immobilité
faisait que je me sentais intensément chez moi ici. (…)
puis
l'aube arriva. J'écoutais la mélodie de l'oiseau secret et timide
de l'aube, les yeux fixés sur le ciel noir scintillant d 'étoiles.
J'étais tellement conscient de la vie qui habitait toute choses
autour de moi que j'avais l'impression que toute la brousse était
dense de circulation. Les arbres oscillaient avec grâce comme s'ils
répondaient à la brise rafraichissante du matin, et cette brise
semblait amener des formes multiples, y compris la présence
d'esprits qui repartaient à leur point d'origine.
Soudain j'ai senti une forte envie de dormir. Le calme de la nuit, le chant de l'oiseau de l'aube, la danse de la brousse me donnèrent un sentiment de paix et de nostalgie immense. Je voulais me joindre aux étoiles tout là haut dans les espaces infinis des royaumes cosmiques.
Il
y avait la nuit, il y avait la brousse, et il y avait moi. Rien
d'autre n'avait d'importance.
A Suivre ......
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Dagora qi'il a traversées... espaces temps très intéréssants..en
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Traductions de
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Cannon, hypnothérapeute US...régréssions sur des espaces temps ou
expériences avec les extraterrestres souvent
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la régression ? renommée « découverte d'autres espaces
temps ».. transcripts d 'expérience personnelles
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